Le gouvernement guinéen a résilié unilatéralement et sans justification, selon Emirates Global Aluminium (EGA), la convention de base liant la République de Guinée à sa filiale locale, Guinea Alumina Corporation (GAC). Une décision aux conséquences économiques et sociales majeures, notamment dans la région de Boké, où l’entreprise minière opère depuis plusieurs années.
Dans un communiqué publié depuis les Émirats arabes unis, EGA dénonce une décision « sans fondement valable », qui compromet non seulement la poursuite des activités de sa filiale, mais aussi l’avenir de plus de 2 000 employés et sous-traitants directement affectés par l’arrêt des opérations.
Quel impact sur l’emploi et l’économie locale
Acteur du secteur minier guinéen, GAC s’est imposée comme l’un des plus important investisseur en installations nouvelles dans le pays depuis plus de quatre décennies. L’entreprise affirme avoir créé 3 200 emplois, dont 96 % occupés par des citoyens guinéens, tout en injectant près de 244 millions de dollars dans l’économie nationale rien qu’en 2024. La rupture de la convention fait craindre une onde de choc dans la région de Boké, déjà confrontée à des tensions sociales liées à l’exploitation minière.
Selon EGA, cette décision met également un coup d’arrêt à son ambitieux projet de raffinerie d’alumine, censé renforcer la valeur ajoutée locale et participer à l’industrialisation du pays.
Une affaire en justice et des tensions persistantes
Face à cette rupture, GAC et sa maison mère EGA annoncent vouloir saisir les tribunaux internationaux pour faire valoir leurs droits et réclamer réparation. Leur objectif : obtenir des compensations à la hauteur des préjudices financiers et humains subis.
Cette résiliation s’inscrit dans un climat déjà tendu. Depuis l’automne 2024, les opérations de GAC avaient été paralysées suite à la suspension, par l’État guinéen, des exportations de bauxite et à la restriction de l’accès au réseau ferroviaire utilisé par l’entreprise. Une autre mesure, prise par la Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG), avait également bloqué les livraisons de bauxite vers EGA aux Émirats arabes unis.
Dans une déclaration officielle, Abdulnasser Bin Kalban, Directeur général d’EGA, a regretté une décision qui, selon lui, « rend impossible la poursuite des opérations et le développement du projet de raffinerie ». Il affirme que le groupe a tout mis en œuvre pour maintenir l’activité malgré les nombreux obstacles, dans un souci de respect envers ses employés, leurs familles et les engagements pris avec la Guinée.
« Les pertes d’emplois et le manque à gagner pour l’économie guinéenne sont profondément regrettables », a-t-il déclaré.
Cette affaire relance les interrogations sur la politique minière actuelle de la Guinée, et plus largement sur la sécurité juridique des investissements étrangers dans le pays. Elle pourrait également refroidir d’autres investisseurs potentiels, dans un contexte où la transition vers une industrialisation locale reste un défi de taille.
Alors que les autorités guinéennes n’ont pas encore officiellement réagi à la déclaration d’EGA, le contentieux s’annonce long et complexe, avec un impact potentiel sur la réputation économique du pays à l’international.
Bhoye Diallo













