Monsieur le Gouverneur,
C’est en ma qualité d’acteur économique et représentant de la société civile et citoyens conscients de la gravité de la situation monétaire actuelle dans notre pays, que je vous adresse cette lettre ouverte pour exprimer ma profonde inquiétude face à la crise de liquidité persistante qui paralyse notre pays depuis des mois.
De l’œil d’un observateur, je crois que cette crise de liquidités persistante en Guinée résulte principalement d’une perte de confiance dans le système bancaire et d’une thésaurisation massive des billets, aggravée par une gestion inadaptée de la BCRG. Selon moi, les acteurs économiques, y compris les entreprises et les ménages, choisissent de conserver largement leurs liquidités dans les banques par crainte envers l’État et le système financier, préférant les investir dans des placements informels, en devises étrangères, immobiliers ou en or. Cela crée pourtant un cercle vicieux où l’argent ne circule plus.
Étant donné cette situation, j’évalue que la BCRG ne parvient fréquemment pas à anticiper les nécessités en liquidités, même avec une croissance économique de 7 %, ce qui entraîne des injections monétaires non ciblées et des frictions entre banques commerciales et la banque centrale (liens avec les frais de retrait et les plafonds).Ces causes principales entraînent par ricochet, une fuite massive des capitaux, transférés ainsi vers des places financières voisines comme Dakar, Bissau ou Freetown.
Si l’on doit attribuer des responsabilités, il me semble que la BCRG en assume la plus grande part à cause de sa gestion inflexible, tandis que l’État est responsable du climat de méfiance ambiant, même si ce sont en fin de compte les acteurs économiques qui se livrent à la thésaurisation. Faut-il s’en réjouir ou la redouter ?
Les conséquences économiques de la pénurie freinent les échanges commerciaux et paralysent l’activité et des impacts profonds se font ressentir sur l’économie réelle, sur les ménages et les entreprises. On assistera désormais à un ralentissement de la croissance donc un risque de récession, le risque d’une chute du PIB en dessous de 7 % en 2026 même si les prévisions affichent un pourcentage de 9 %. De plus, je ressens une inquiétude face à l’inertie des investissements et à l’incapacité des banques à soutenir l’économie réelle.
Je suis également inquiet pour les ménages, car les effets de la pénurie pourraient entraîner un manque de crédit, ce qui nuirait à leur développement. Leur trésorerie risque d’être mise à mal, les possibilités de financement pourraient se réduire, et des files d’attente ainsi que des limitations sur les retraits pourraient compliquer leurs opérations quotidiennes. Plus pire, les entreprises enregistreront une baisse du pouvoir d’achat, des restrictions sur les retraits et crédit à la consommation. On pourra bien s’attendre à la hausse potentielle du chômage et à la réduction des revenus.
Bien que je sois inquiet, je constate que le découragement n’est pas une valeur guinéenne. C’est la raison pour laquelle je vous soumets quelques solutions ci-dessous, dans l’espoir que la meilleure façon d’assister nos autorités est de commencer à agir ou à leur faire des suggestions sans tarder.
Ainsi, à court terme, je crois que vous pouvez procéder à des injections ciblées de liquidités, imprimer des gros billets de GNF 50 et 100 milles accompagnés de petites coupures (de 2000, de 1000 et de 500 f) pour faciliter les transactions et éviter toute inflation mécanique, sensibiliser la population et l’orienter vers les monnaies électroniques, élargir le dialogue BCRG-APB-acteurs économiques, supprimer les frais de retrait et rétablir la confiance via des concertations régulières.
À long terme, vous pouvez vous investir dans la finalisation du projet de la digitalisation des paiements (pour promouvoir les virements, mobiles, cartes) afin de réduire la dépendance au cash et de renforcer dorénavant, l’anticipation monétaire au niveau de la Banque centrale et lutter contre l’informalité.
Vous pouvez à côté de ces solutions, #initier et #plaider pour des #incitations d’ordre #monétaires et #fiscales pour restaurer rapidement cette confiance perdue sur le secteur bancaire.
Des incitations monétaires, je trouve que vous pouvez à travers les banques primaires proposer des solutions “africaines” telles que des produits d’épargne attractifs pour les PME et les ménages, des microcrédit rural via un vaste réseau, et initier des innovations comme le Flash Cash (paiement sécurisé régional). Cela peut porter très haut les dépôts auprès des banques commerciales grâce à la proximité client et la supervision bancaire efficace par vos services.
Une deuxième approche peut être nécessaire. C’est le service premium et l’expérience client supérieur. Elle reposera sur une segmentation ciblée et une digitalisation rapide, réduisant la dépendance au cash et boostant les dépôts. L’approfondissement financier par inclusion (mobile money interconnecté) peut être aussi une des incitations. Elle entraînera la fluidité des flux et réduira la thésaurisation.
Pour terminer, je trouve que vous pouvez plaider auprès du gouvernement, afin qu’il soit initié des incitations fiscales ciblées incluant par exemple : les exonérations sur intérêts d’épargne. C’est-à-dire Monsieur le Gouverneur, exonérer d’impôt sur le revenu, les intérêts des comptes d’épargne à terme (1-3 ans), jusqu’à un plafond de 5 millions GNF par an, pour les ménages et les PME. Je crois que cela peut récompenser la remobilisation des liquidités dormantes. Aussi, il peut être même introduite un crédit d’impôt de 10-20 % par exemple sur les nouveaux dépôts massifs (ex. > 10 millions GNF), imputable sur l’impôt foncier ou sociétés, similaire aux incitations ivoiriennes pour le logement. il doit également être ponctionné un pourcentage de SIMENDIU pour constituer un fonds de souveraineté destiné à favoriser la diversification.
J’estime avoir un autre schéma plus rapide, mais un peu plus radical. C’est pourquoi, je trouve qu’une rencontre avec votre cabinet aux heures et lieux de votre convenance nous permettra d’étudier ensemble cette deuxième faisabilité pour le bonheur du peuple de Guinée.
Dans l’espoir que vous partagiez cet avis, je tiens à vous assurer que les diverses réformes, que votre institution pourra mettre en œuvre en collaboration avec le ministère de l’Économie, des Finances et du Budget via l’annexe à la loi de finances 2026, entraîneront un impact rapide dans un délai de 6 à 12 mois, accompagnées d’une communication rassurante contre les craintes de la CRIEF.
Dans cette attente, je vous prie d’accepter, Monsieur le Gouverneur de la Banque Centrale de la République de Guinée, l’expression de mes salutations distinguées et de mon profond respect à votre égard.
Mohamed Lamine Camara #Molac ; Email : benlamineca85@gmail.com.














