Dans nos économies contemporaines, la crise de liquidité est un phénomène rare, souvent dans les économies modernes on assiste à des phénomènes d’inflation qui conduisent à la dévaluation de la monnaie. Pour faire simple, il y a souvent plus de monnaie en circulation que de production, l’excès de l’offre de monnaie par rapport à l’offre de production conduit à une inflation. D’ailleurs les économistes comme Milton Friedman ont alerté sur l’impératif de contrôler la masse monétaire notamment grâce à la fixation du taux d’intérêt directeur, pour faire simple le taux d’intérêt directeur, c’est le taux par lequel les banques centrales prêtent aux banques commerciales.
Or en Guinée, on assiste à une crise différente, c’est-à-dire une absence de liquidités, et cette absence de liquidités à des effets encore plus dévastateurs sur l’économie du pays, car l’absence de liquidités conduit à une baisse de la consommation, un ralentissement des échanges, et de la croissance, la monnaie doit toujours être suffisante pour accompagner le rythme de croissance de la production, sans quoi on peut assister à un phénomène de déflation encore plus dangereux que l’inflation, baisse des prix du fait de l’absence de monnaie, dévalorisation de la production, excès de stock et finalement on peut assister à une destruction de stocks comme c’était le cas pendant la crise des années 30, c’était une crise de la demande pas de l’offre.
La crise de liquidité s’explique aussi par un marché Guinéen à double vitesse ?
En effet, en Guinee le poids de l’économie informelle est fort, il y un taux de bancarisation faible, et il y a énormément de fuites monétaires, c’est-à-dire que la monnaie sort du circuit classique et va se loger dans un circuit parallèle.
La veille des élections pour l’adoption de la nouvelle constitution, nous avons assisté à une sortie massive de Francs Guinéens sans hausse de la production supplémentaire, et cet argent utilisé pour la conception de tee-shirt, achat de biens alimentaires a été capté par le secteur informel. Il faut aussi comprendre qu’il y a une vraie luttte entre l’Etat qui souhaite tracer et suivre le cycle monétaire ou circuit monétaire, et les agents de l’économie informelle qui souhaitent préserver le Cash.
En Effet, il y a trois types de monnaie, la monnaie fiduciaire, c’est la monnaie papier ou le cash, la monnale divisionnaire et la monnaie scripturale ou monnaie numérique, et la monnaie à trois fonctions, unité de compte, réserve de valeur et intermédiaire d’échanges.
Or en Guinée, les commerçants souhaitent maintenir l’utilisation de la monnaie fiduciaire, la monnaie fiduciaire est moins traçable et les commerçants peuvent échanger sans que l’Etat ne suive et comprenne le poids et les mécanismes du commerce en Guinee et notamment dans les centres d’affaires.
Il y a donc un marché à double vitesse, le marché classique qui obéit à la création de la monnaie par les banques centrales et surtout aujourd’hui les banques commerciales, c’est le marché classique. Et le second marché c’est le marché informel dominé par les commerçants qui aujourd’hui thésaurisent la monnaie à outrance afin de se préserver de la numérisation de la monnaie.
Je pense donc que l’explication d’une dualisation du marché monétaire et des agissements et stratégies de ces acteurs est plus pertinente pour expliquer la crise de liquidités aujourd’hui.
Ce n’est pas une crise qui s’explique par l’effondrement des réserves de changes de la banque centrale, le rôle des réserves de change est surtout de controler l’accès au crédit, l’inflation et l’équilibre des banques commerciales mais pas d’être un palliatif à un manque de liquidités structurel.
Cette crise est le résultat d’un phénomène structurel qui remonte en surface, il faudra là encore un échange entre les acteurs concernés pour éviter une récession ou un ralentissement de la croissance, en sachant que l’émission monétaire peut provoquer aussi une crise liée à la dévaluation de la monnaie.
Alsény Thiam, économiste et analyste politique














