Figure de l’opposition lorsqu’Alpha Condé était au pouvoir, Cellou Dalein Diallo se dresse maintenant contre le président de la transition guinéenne, dont il avait pourtant salué le putsch en septembre 2021. Et c’est depuis Dakar, où il s’est exilé, qu’il a répondu aux questions de Jeune Afrique.
Voilà bientôt deux ans qu’il est parti de Conakry. Quelques semaines avant qu’il ne se décide à quitter la Guinée, il avait été expulsé de chez lui par la junte, sous couvert d’une opération de récupération des biens de l’État. Sa résidence du quartier de Dixinn sera par la suite rasée. Deux ans plus tard, il est toujours poursuivi par la Cour de répression des infractions économiques et financières (Crief) dans le cadre de la vente d’Air Guinée, l’ancienne compagnie publique. Et il semble toujours aussi peu enclin à rentrer au pays.
Se disant victime d’un règlement de comptes destiné à le neutraliser politiquement, Cellou Dalein Diallo explique supporter « difficilement » son exil. « Mais je ne chôme pas », assure-t-il depuis Dakar, où il a posé ses valises. Président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) depuis seize ans, il revient d’Antananarivo, où il a conduit une mission d’observation électorale de l’Internationale libérale, et participe régulièrement à des conférences internationales sur le climat et les enjeux du développement. Preuve de cet agenda chargé : les quarante minutes de cet entretien ont été âprement négociées.
Vous faites partie de ceux qui ont applaudi à la chute d’Alpha Condé en septembre 2021 mais, aujourd’hui, vous vivez en exil. Diriez-vous que Mamadi Doumbouya, qui lui a succédé au pouvoir, vous a déçu ?
Oui, j’ai applaudi la chute d’Alpha Condé, parce qu’il exerçait un troisième mandat illégal et illégitime, obtenu à l’issue d’une violation flagrante de la Constitution qu’il avait, par deux fois, juré de respecter et de faire respecter.
Mais Mamadi Doumbouya n’a pas non plus respecté ses engagements. Il avait promis de mettre fin à l’instrumentalisation de la justice, au piétinement des droits et des libertés des citoyens. Il avait aussi promis de faire de la justice et du droit les boussoles de son action. Alors bien évidemment, je suis déçu.
Êtes-vous aujourd’hui en contact avec lui ?
Non.
Diriez-vous, comme nombre de ses détracteurs, que l’espace public s’est rétréci ces derniers mois ?
L’interdiction de manifester dans les rues et sur les places publiques, les atteintes récurrentes à la liberté de la presse, les poursuites et la détention sans base légale des leaders politiques et des acteurs de la société civile… Tout cela illustre de manière éloquente l’état des droits et des libertés en Guinée.
Source Jeune Afrique













