La crise de liquidité continue de perturber les échanges en Guinée. Les difficultés d’accès au cash affectent les ménages comme les entreprises, dans un contexte de tensions persistantes entre usagers et banques.
Face à cette préoccupation, le gouverneur de la Banque centrale, Dr Karamo Kaba, s’est exprimé ce dimanche 21 mars 2026, devant des opérateurs économiques et des responsables d’entreprises. Il a annoncé une révision de certaines décisions récentes de politique monétaire, avec pour objectif de rétablir la confiance.
La Banque centrale admet que certaines orientations ont produit des effets inattendus. Selon le gouverneur, ces décisions ont contribué à fragiliser la relation entre les institutions financières et les usagers.
« Il y a un certain nombre d’éléments qu’on a mis en place qui ont pu, ici ou là, heurter les gens et toucher à leur confiance. Donc, nous avons fait un certain nombre d’efforts. Et donc on va revenir sur ces mesures-là. L’idée, c’est vraiment de restaurer la confiance vis-à-vis des Guinéens pour qu’ils déposent leur argent au niveau des banques », a déclaré Dr Karamo Kaba.
Malgré les tensions observées aux guichets, la Banque centrale affirme avoir injecté des volumes importants de liquidités. Le problème se situerait davantage au niveau de la circulation que de l’offre.
Le gouverneur a illustré cette situation par un indicateur :
« Ce que vous devez comprendre, c’est que la Banque Centrale, honnêtement, elle est plutôt à féliciter dans cet épisode. Parce que nous avons injecté (de la liquidité). Jamais dans l’histoire moderne de la Guinée, on a injecté autant d’argent en si peu de temps. Sur 100 billets que nous injectons aujourd’hui, il n’y a que 6 qui reviennent. Donc c’est ça en fait qu’il faut comprendre ».
Ce faible taux de retour met en évidence une rupture dans le circuit monétaire : les billets distribués ne réintègrent pas le système bancaire.
Bancarisation et digitalisation comme leviers de sortie
Au-delà des ajustements à court terme, la Banque centrale insiste sur la nécessité de transformer les pratiques financières.
Pour son gouverneur, le développement économique passe par un renforcement du système bancaire et une réduction du poids du cash dans les transactions.
« On ne peut pas échapper à la bancarisation, on ne peut pas échapper à la digitalisation. Nous sommes une économie qui veut émerger, qui tend vers l’émergence. Et on ne peut pas décoller économiquement si on a un secteur bancaire qui est faible. Ça ne s’est jamais vu historiquement », a-t-il affirmé.
Cette prise de parole intervient quelques jours après une décision des autorités visant à augmenter la quantité de billets en circulation, à travers l’impression de nouvelles coupures.
Cette réponse vise à atténuer les tensions immédiates, en attendant des effets plus durables des réformes annoncées.
La situation actuelle met en évidence un enjeu central : la confiance dans le système financier. Sans retour des liquidités vers les banques, les injections monétaires restent sans effet sur le fonctionnement global de l’économie.
La révision des politiques monétaires, combinée à la promotion des paiements électroniques, constitue désormais l’axe principal pour tenter de rétablir les circuits financiers.
Bhoye Diallo














