Le Port autonome de Conakry (PAC), principal point d’entrée du commerce extérieur guinéen, figure parmi les infrastructures portuaires les moins bien classées au monde dans l’édition 2025 du Container Port Performance Index (CPPI), publié par la Banque mondiale et S&P Global Market Intelligence.
Sur les 400 ports évalués, le port de Conakry occupe la 399e place au niveau mondial et la 53e sur 54 en Afrique.
Ce classement, qui mesure principalement le temps écoulé entre l’arrivée d’un navire en rade et son départ après les opérations de manutention, met en lumière les difficultés rencontrées par le port guinéen en matière de fluidité logistique et d’accueil des navires.
Selon le rapport, le score global du Port autonome de Conakry est passé de -2 en 2024 à -275,9 en 2025.
Dans le même temps, la part du temps effectivement consacrée aux opérations de chargement et de déchargement a chuté de 73 % à 37 %, traduisant une augmentation des délais d’attente et une baisse de l’efficacité opérationnelle.
Cette dégradation s’explique notamment par la saturation progressive des capacités portuaires dans un contexte de forte croissance des échanges commerciaux.
L’année 2025 a également été marquée par plusieurs contraintes ayant affecté la fluidité des opérations : plus de 30 jours de perturbations liés à des échouages de navires dans le bassin portuaire, des opérations de dragage intervenues tardivement, des interruptions liées aux jours fériés et des restrictions de circulation ayant ralenti l’évacuation des marchandises.

Ces facteurs ont contribué à l’allongement des temps d’escale, à la congestion des terminaux et à l’augmentation des coûts logistiques pour les opérateurs économiques.
Une croissance du trafic qui met les infrastructures sous pression
Les autorités portuaires et les opérateurs du secteur soulignent toutefois que les résultats du CPPI doivent être analysés au regard de la forte progression des volumes traités.
Le terminal à conteneurs de Conakry a enregistré une hausse continue de son activité, passant de plus de 300 000 conteneurs traités en 2023 à plus de 400 000 en 2025. Les prévisions tablent sur un volume supérieur à 500 000 conteneurs en 2026.
Cette augmentation rapide du trafic a accentué la pression sur des infrastructures dont les capacités d’accueil n’ont pas évolué au même rythme.

Selon plusieurs acteurs du secteur, le classement reflète ainsi les difficultés d’un port confronté à une demande croissante, davantage qu’une baisse de son activité économique.
Des mesures correctives engagées
Depuis le début de l’année 2026, plusieurs actions ont été mises en œuvre pour améliorer la fluidité des opérations.
La levée des restrictions de circulation a permis d’accélérer l’évacuation des marchandises hors du port. Le nombre de conteneurs livrés quotidiennement est passé d’environ 500 à 750 unités.
Le temps moyen de séjour des conteneurs sur le terminal a, quant à lui, été réduit de quatre jours pour atteindre une moyenne de huit jours.
Les autorités portuaires ont également renforcé les capacités de stockage, développé le port sec de Kagbelen, accéléré la digitalisation des procédures et amélioré l’organisation des flux logistiques.
Un programme d’investissement pour renforcer la compétitivité
Afin d’accompagner la croissance du commerce extérieur guinéen, Conakry Terminal a engagé un programme d’extension estimé à 350 millions d’euros.
Le projet prévoit le doublement de la capacité du terminal à conteneurs, la création de nouveaux terre-pleins, l’augmentation des espaces de stockage et la modernisation des infrastructures portuaires.
Les premiers aménagements devraient être mis en service à partir de décembre 2026, tandis que le nouveau quai est attendu au premier trimestre 2028.
Parallèlement, la communauté portuaire identifie plusieurs priorités pour améliorer durablement les performances du port : la reprise des travaux d’extension, l’élargissement et l’approfondissement du chenal d’accès, le renforcement des capacités de remorquage, l’amélioration de la desserte routière et, à moyen terme, le développement d’une liaison ferroviaire.
Transformer la croissance du trafic en gains de performance
Le classement CPPI 2025 met en évidence les limites opérationnelles auxquelles le Port de Conakry est confronté dans un contexte de forte croissance des échanges.
Si les indicateurs liés aux temps d’escale et à la fluidité logistique se sont dégradés, l’évolution des volumes traités souligne le rôle central du port dans l’économie guinéenne.
L’enjeu pour les autorités et les opérateurs portuaires est désormais de transformer cette croissance du trafic en amélioration durable des performances, afin de renforcer la compétitivité de la plateforme portuaire guinéenne face aux autres ports de la sous-région.
Synthèse : Bhoye Diallo














