Depuis la prise du pouvoir en Guinée en septembre 2021 par le Comité national du rassemblement et du développement (CNRD), dirigé par le colonel Mamadi Doumbouya, à la suite du renversement du président Alpha Condé, plusieurs organisations de la société civile dénoncent une restriction des libertés publiques. Interdiction des manifestations, pressions sur les médias et arrestations d’acteurs politiques figurent parmi les pratiques régulièrement signalées.
Les membres du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), mouvement engagé contre le troisième mandat d’Alpha Condé, comptent parmi les cibles de cette répression. Entre 2021 et 2023, plusieurs manifestations ont été dispersées par les forces de défense et de sécurité, faisant des morts, des blessés et donnant lieu à des interpellations massives. Certains militants affirment également avoir reçu des menaces de mort, les poussant à quitter le pays.
Parmi eux figure Ibrahima Sory Sylla, militant du FNDC, aujourd’hui en exil. Selon son témoignage, son engagement remonte à septembre 2019. Il explique que les premières menaces sont apparues peu après.
« Mes ennuis, avec parfois des menaces de mort, ont commencé en 2019, dans le cadre de ma mission de mobilisation des jeunes dans certains quartiers pour dénoncer et s’opposer au troisième mandat de l’ancien président Alpha Condé. Nous estimons qu’il avait modifié la Constitution pour se maintenir au pouvoir au-delà des deux mandats autorisés. Pour nous, au FNDC, cette démarche risquait de plonger le pays dans une instabilité politique », affirme-t-il.
Autre témoignage glaçant, c’est celui de Mamadou Aliou Bah, habitant du quartier Bambeto, bastion de l’opposition et parfois épicentre de violents accrochages entre les militants pro démocratie et les forces de l’ordre. il indique vivre dans la peur et en constance déplacement pour échapper à son arrestation.
« Je change de domicile car nous membres du FNDC, sommes constamment recherchés et traqués par les forces de l’ordre qui nous accusent d’être à la base des troubles. Or, nous nous battons pour une cause juste, la liberté et la démocratie et surtout le respect de la constitution. Ma vie et beaucoup de mes amis sont en danger », a-t-il déclaré.
Le climat de pression s’accentue davantage contre les membres du FNDC, au fur et à mesure que ces deniers appellent à des mobilisations citoyennes pacifiques pour s’opposer au projet de 3 eme mandat que l’ancien président Alpha Condé et son entourage voulaient au détriment de la violation de la constitution : « Lors de la préparation de la manifestation du 14 novembre 2019, les menaces téléphoniques se sont multipliées. Le jour même, après la manifestation, des gendarmes cagoulés ont fait irruption à mon domicile. J’avais été prévenu de ne pas rentrer. J’ai dû me cacher pendant un mois chez un ami à Gbessia. Plusieurs de mes camarades ont été arrêtés et détenus pendant plus d’un an sans procès », explique Ibrahima Sory Sylla.
L’arrivée au pouvoir en 2010, d’Alpha Condé avait suscité des attentes en matière de gouvernance et de respect des droits fondamentaux. Mais, selon Aboubacar Soumah, ces espoirs ont rapidement viré à la désillusion.
« nous sommes déçus du régime d’Alpha Condé car moi particulièrement je fondais un espoir de changement et de liberté à son arrivée au pouvoir pour avoir été opposant et militant. On n’a l’impression que les choses sont devenus pire encore. Aujourd’hui, on parle plus de liberté en Guinée », a-t-il martelé.
En 2021, survint le coup d’état militaire perpétré par l’armée avec à sa tête le Colonel Mamadi Doumbouya. Cette arrivée des militaires au pouvoir réunis au sein du CNRD, fut une lueur d’espoir pour les militaires du FDNC après près de deux ans de répression et d’opposition au projet du 3eme mandat. Mais très vite les militaires s’éloignent de leurs engagements initiaux de respecter la démocratie et rendre le pouvoir aux civils.
En 2023, Ibrahima Sory Sylla a été interpellé par des gendarmes à Bonfi, dans la commune de Matam en compagnie d’autres jeunes membres influents du FNDC notamment Alassane Camara, Mamadou Aliou Diallo, Aboubacar Soumah. Tous furent jetés en prison sans l’assistance d’un avocat, ce en violation flagrante des procédures et de la loi.
« on n’a été arrêtés (ndlr : les jeunes membres du FNDC); puis soumis à des actes de torture avant d’être placés en détention et après directement jetés en prison », déclare-t-il.
Face à ces menaces et à ce qu’ils décrivent comme des persécutions répétées, ces figures du FDNC ont tour à tour décider de quitter la Guinée, laissant dernière eux leurs familles dans un climat d’inquiétude, redoutant d’éventuelles représailles.
Bhoye Diallo














