Le gouvernement guinéen veut faire du nouvel accord technique conclu avec les services du Fonds monétaire international (FMI) un appui aux réformes économiques et au financement du développement. Présenté mardi 11 août lors d’un point de presse réunissant le ministère de l’Économie, des Finances et du Budget, le ministère du Plan et de la Coopération internationale et la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), l’accord prévoit un programme économique et financier de 41 mois, soutenu par la Facilité élargie de crédit (FEC), pour un financement de près de 425 millions de dollars.

Pour les autorités, ce financement doit contribuer à consolider la stabilité macroéconomique et à accompagner la transformation de l’économie. Mais une question ressort des interventions : comment convertir ces ressources et la croissance attendue en résultats durables ?
La ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Camara, a insisté sur le fait que le financement du FMI ne saurait se substituer aux réformes internes.

« Les 425 millions de dollars du FMI doivent être considérés comme un levier plutôt que comme une solution. Le financement peut accompagner les réformes, renforcer la crédibilité économique du pays et soutenir les besoins de financement. Il ne remplacera toutefois pas la nécessité d’améliorer la mobilisation des recettes, la qualité de la dépense publique et l’efficacité des institutions », a-t-elle déclaré.
La mise en œuvre du programme constituera, selon elle, le principal test à venir.
« La Guinée devra démontrer qu’elle peut transformer ses ambitions en résultats mesurables : davantage de recettes internes, une meilleure gestion budgétaire, des investissements plus productifs, une économie plus diversifiée et surtout davantage d’emplois et de services publics pour les citoyens », a-t-elle indiqué.
Pour Mariama Ciré Camara, l’enjeu dépasse le montant du financement.
« L’enjeu du nouvel accord avec le FMI dépasse largement les 425 millions de dollars. Il s’agit pour la Guinée de profiter d’une période exceptionnelle de croissance et d’investissements pour poser les bases d’un modèle économique moins dépendant des ressources extractives et davantage capable de financer son propre développement », a-t-elle assuré.
Simandou 2040 au centre des besoins de financement
Le ministre du Plan et de la Coopération internationale, Ismaël Nabé, a mis l’accent sur la crédibilité financière que l’accord pourrait apporter à la Guinée auprès de ses partenaires.
« Cet accord donne une signature et une crédibilité à la Guinée. Nous avons un plan ambitieux de développement qui est le programme Simandou 2040. La Guinée doit mobiliser plus de 300 et quelques poussières de milliards de dollars pour les 15 prochaines années pour financer les projets. Ces projets sont divers. Quand vous prenez les cinq piliers, en faisant un investissement dans l’agriculture et l’agro-industrie, ça peut créer de l’emploi. Mais aussi l’éducation et la culture », a-t-il expliqué.
Les besoins de financement dépassent donc largement les 425 millions de dollars prévus dans l’accord avec le FMI. Le programme doit s’inscrire dans une stratégie plus large de mobilisation des capitaux nécessaires aux projets de développement.
Ismaël Nabé a précisé que « plus de 10 projets structurants doivent être exécutés au cours des cinq prochaines années », notamment dans l’éducation et la santé publique.
Sur les infrastructures, il a indiqué que « 15 projets doivent être développés », notamment dans les domaines des routes, des pistes rurales, des ports et des aéroports.
Ces projets nécessiteront des financements supplémentaires, mais aussi des capacités d’exécution et de gestion renforcées.
Une croissance portée notamment par les mines
Le gouverneur de la BCRG, Dr Karamo Kaba, a insisté sur la crédibilité économique associée à l’accord avec le FMI.
« La valeur de cet accord ne se résume pas seulement en dollars ou en francs guinéens. Sa véritable valeur réside dans la crédibilité qu’il apporte à notre politique économique, dans la confiance qu’il peut susciter auprès des investisseurs et de nos partenaires », a-t-il déclaré.
Selon le gouverneur, après une croissance estimée à 6,9 % en 2025, l’économie guinéenne devrait progresser d’environ 8,8 % en 2026, puis d’environ 10 % entre 2027 et 2030. Cette progression serait notamment portée par le secteur minier et la montée en puissance de Simandou.
Cette perspective pose toutefois la question de la diversification de l’économie. Une croissance tirée par les activités minières devra, selon les objectifs affichés, être accompagnée d’investissements dans l’agriculture, l’agro-industrie, les infrastructures, l’éducation et la santé.
Les 425 millions de dollars constituent ainsi une ressource supplémentaire, mais les ambitions annoncées nécessitent des financements bien plus importants. La réussite du programme dépendra également de la capacité à mobiliser davantage de recettes internes, à améliorer la gestion budgétaire et à assurer l’exécution des projets.
Le gouvernement entend utiliser cette période de croissance et d’investissements pour engager des transformations économiques plus larges. Reste désormais à mesurer, au cours des 41 mois du programme, la capacité de ces orientations à produire les résultats annoncés.
Bhoye Diallo














