Le débat sur la monnaie unique de la CEDEAO ne change pas, pour l’instant, la position de la Guinée. Conakry maintient le franc guinéen en attendant que les conditions économiques, institutionnelles et politiques soient réunies. Le gouverneur de la BCRG, Dr Karamo Kaba, estime que le projet de l’ECO reste marqué par plusieurs incertitudes.
« Donc, par rapport à l’ECO, effectivement, la Guinée, par la voie du Président, a décidé de rester au niveau du franc guinéen. Et très sincèrement, je pense que c’est une très bonne décision que le Président a prise. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui, il n’y a pas cette volonté politique », a-t-il déclaré.
Des économies encore éloignées des critères
Pour lui, les critères de convergence restent difficiles à satisfaire : « Tout le monde dit qu’on va aller à l’ECO en 2027. Non, personne n’a intérêt à y aller. Regardez les critères de convergence. Quels sont les pays aujourd’hui qui respectent tous les critères de convergence de la monnaie unique, de l’Afrique de l’Ouest ? Il n’y a qu’un pays, c’est le Bénin. Nous, la Guinée, on respecte les trois premiers critères, sauf le déficit. Mais personne ne respecte entièrement. »
Il insiste aussi sur la nécessité d’un mécanisme de solidarité : « Le troisième point, c’est qu’il faut un mécanisme de transfert entre les États qui ont des déficits et ceux qui ont des excédents. Si vous avez la même monnaie et que vous n’avez pas ce transfert-là, ça va être très compliqué. »
Le poids du Nigeria
La gouvernance de la future banque centrale constitue également une préoccupation. « Aujourd’hui, vous avez une Guinée qui détient à 100 % sa banque centrale. Demain, vous allez mettre en place une banque centrale fédérale », rappelle-t-il.
Le gouverneur souligne le poids du Nigeria : « Vous regardez le PIB, le Nigéria pèse pour près de 63 % du PIB de la CEDEAO. Vous regardez les réserves de change, ces réserves, c’est 50 milliards. Les réserves de change totale du PIB de la CEDEAO, c’est 110 milliards. »
Il estime que la Guinée pèserait peu dans la future institution : « Donc, quelles que soient les pondérations que vous allez mettre sur le PIB, population ou les réserves, vous allez avoir une banque centrale qui, au minima, sera contrôlée par le Nigéria à hauteur de 60 %. La part de la Guinée là-dedans, je ne suis même pas sûr qu’on aura 5 % du capital de cette banque centrale-là. »
D’où sa conclusion : « Donc, pourquoi quitter une banque centrale où vous avez 100 % pour aller vers une banque centrale où vous n’aurez que 5 % ? Donc, honnêtement, je pense que le président a eu raison. »
La Guinée ne rejette donc pas le principe d’une monnaie unique, mais préfère conserver le franc guinéen en attendant des conditions plus claires sur la convergence, la solidarité financière et la gouvernance monétaire.
Synthese : Bhoye Diallo















